Encyclopedia - The Drums

Encyclopedia

Encyclopedia ne représente finalement pas vraiment le changement radical auquel on pouvait s'attendre. Il y a eu evolution certes, mais les Drums - réduits à 2 pour cet album comme en atteste la très belle pochette de l'album (les membres restants du groupe serrés d'un côté d'un canapé, comme si les membres disparus étaient toujours avec eux) - ne changent finalement pas une formule qui gagne (pas économiquement sans doute mais qualitativement sans aucun doute). 

J'en suis finalement arrivé à la conclusion que cet album porte (très) bien son nom. Encyclopedia montre en réalité ce que les Drums savent faire de mieux : quelque part entre innovation et tradition. Comme le disent les Inrocks, c'est tellement kitsch que ça en devient cool.

Fiche Technique

•   Johnny Aries : Compositeur, Guitare.

•   Adam Boose : Mastering.

•   Éric Broucek : Mixage.

•   The Drums : Compositeur, Ingénieur, Artiste eponyme, Producteur.

•   Jacob Graham : Membre du groupe, Compositeur. Designer, Guitares, Orchestration, Producteur, Synthé, Chants.

•   Jonny Pierce :Membre du groupe, Compositeur, Producteur, Percussions, Guitare Basse, Guitare Électrique,  Chants. 

•   Dom Smith : Photography.

D'après The Drums, Encyclopedia.

Critique

Magic Mountain

On commence par une symphonie désaccordée, ponctuée de chants psychédéliques et d'accords dissonants. Le clip, lui évoque une sorte de paysage neutre dans lequel se balade deux illuminés. Les guitares ne sont certes pas celles de Mogwai, mais sont bien plus durs que n'importe lesquelles jamais utilisées par les Drums. Apres ce premier titre, on pourrait se dire que oui, peut être les Drums ont changé...

I Can't Pretend

Affirmation confirmée par le début de  ce titre mais infirmée par la suite. En effet, on revient relativement rapidement à quelque chose d'assez traditionnel pour les Drums, à savoir une pop sucrée, un peu désuète mais tellement jouissive. Le clip confirme cette impression. Dans une veste orange fluo et avec des lunettes de soleil géante sur les yeux, le chanteur entonne avec sa voix si envoûtante un chant de déception amoureuse ou sociale. A deux, les Drums n'ont rien perdu qualitativement. Néanmoins, il est vrai que les sonorités des guitares sont assez similaires à celles de Magic Mountain, ce qui montre bien le changement assumé des rockeurs de Brooklyn. Les Drums n'hésitent également pas à ajouter beaucoup moins innocemment des bruitages tout sauf innocents. 

I Hope Time Doesn't Change Him

Ce titre montre bien la perte de naïveté des Drums : des paroles plombées par la nostalgie au milieu d'un thème nous prenant à la gorge, pour ne plus nous lâcher. A noter également une idée assez intéressante pour être relevée : la décision de n'utiliser que des mains comme percussions, ce qui ajoute au titre ce côté artisanal que j'aime tant dans les musiques indés. John Pierce, lui, garde comme à son habitude, sa voix enfantine et aérienne. Le revers de la médaille ne se fait pas attendre : le titre manque de variations, qu'auraient pu apporter ne serait-ce qu'une batterie, malgré un retour de thème brillant.

Kiss Me Again

Encore un sujet bien typique des Drums : le manque amoureux. Je m'excuse auprès des lecteurs qui s'arrêtent au milieu d'une phrase pour écouter la connerie que je vais proférer mais je viens de m'apercevoir que Johnatan Pierce pète un câble vocalement à 0:36, à 1:19 et à 1:34. Étant donné la gravité du fait, je pense qu'il n'y a rien d'autre à relever à part ça dans ce titre. Pierce a fait trop fort sur ce coup la, et je pense ne jamais m'en remettre.

Let Me

Un des meilleurs titres de cet album. Grâce aux paroles. "And they can go kill themselves" est juste magistrale. Les Drums ont définitivement "open their eyes for the first time". Un grand cri d'amour envers une autre, malgré la haine des autres. Le schéma musical du titre est assez simple, mais efficace. Il faut dire que les rythmes et breaks de batterie sont assez bien placés. La conclusion du morceau est marquée  par un délire purement lettriste (adjectif du mouvement lettriste). J'exagère à peine.

Break My Heart

De nouveau une preuve que les Drums savent réutiliser les sujets qu'ils maîtrisent déjà. De nouveau l'amour, mais cette fois, masochiste. Peut être dans la continuité du titre précédent d'ailleurs, car les New Yorker racontent bel et bien une histoire. Une histoire d'amour, et donc peut être, une histoire d'amour brisé. Les Drums souhaitent quand même qu'on leur brise le cœur, et s'y prennent à la perfection pour exprimer une complainte intense. Can you explain me ? Malheureusement à relever de nouveau : la répétitivité - peut être la majeure faiblesse de cet album - même si l'on peut de nouveau justifier cela avec de l'imagination : quand on  prie quelqu'un de faire quelque chose qu'il ne veut pas faire, on a quand même tendance à s'y reprendre une deuxième fois. Minimum.

Face Of God

Visage de Dieu. A vrai dire, je ne me suis pas assez renseigné pour savoir si ce titre parle réellement du "Seigneur" qui nous regarde bien (trop) calmement depuis tout la haut et qui mérite bien de se la couler douce un peu apres toutes les conneries qu'il a déjà faites. Comme le diraient les Internationales Lettristes, mais surtout Nietzsche : Dieu est mort. Mais revenons aux Drums. Encore un très bon titre de leur part à la faveur d'une construction intéressante, et qui, à l'inverse du précédent, n'accorde pas le monopole de l'animation du titre qu'à la voix. Une sage décision donc. Surtout que Pierce avoue dans le titre avoir "vu la face de Dieu". Des malades on vous dit. 

U.S. National Park

Le meilleur titre de l'album. Un savant mélange entre tristesse cachée ("I don't want do die alone"), pop aromatisée, génie musicale (plusieurs apparitions de 3 pour 2 superbement mis en place) et patte artisanale (sifflements répétés avec insolence et pleins de grâce). Les guitares ont un son purement et simplement parfaits. Le timbre de la voix de Pierce atteint son paroxysme nonchalant. Les paroles, légèrement naïves, n'ont parfois aucun lien entre elles. Et ce n'est pas une critique péjorative, loin de la. Chocolate Boy de Guided By Voices, un des meilleur titre de l'histoire est composé de paroles ne voulant strictement rien dire entre elles. National Park est un chef d'œuvre. Impressionniste.

Deep In My Heart

Un titre qui cristallise bien le changement tout en douceur des Drums. Tandis que Pierce et la batterie gardent leur personnalité, les autres sonorités, par exemple les guitares, se font plus "dures". Même si ce ne sont évidemment pas les guitares de AC/DC ou Joy Division, cela reste néanmoins une avancée pour les Drums qui enrichissent de façon significative leur palette sonore.

Bell Laboratories

Tout commence par une sorte de sonnerie mal accordée, puis s'ajoute une sorte de mélodie de répondeur automatique pour banques fortunées. Pour résumer, tout cela n'est vraiment pas très représentatif des Drums. Même la voix si particulière de Pierce semble transformée. Sans aucun doute le titre le plus expérimental du titre (comme son nom l'indique). Même si cela reste bien sûr de l'expérimental à la Drums, avec beaucoup de retenu dans la recherche de nouveaux sons, - ce qui n'est pas forcément plus mal, ça ne serait pas la première fois qu'on verrait un groupe se perdre dans l'expérimental - en atteste la relative courte durée du titre (2:45). De la Pop expé.

Threre Is Nothing Left

Comme les prévisions de la météo le prévoyaient, on retourne à des précipitations bien plus typiques des Drums. En effet, même si le son des guitares est très semblable à celui de Bell Laboratories, la voix du chanteur est beaucoup plus naturelle. À noter également les interventions timides de sonorités aiguës tout au long du morceau, et de sons percussifs étouffés  en fin de titre, très bonne initiative des Drums, puisque, en élargissant leur tessiture instrumentale (leur tessiture vocale est déjà assez impressionnante), ces musiciens ne peuvent qu'améliorer leur capacités musicales.

Wild Geese

Les Drums décident de commencer par une atmosphère feutrée et calme, sur laquelle s'ajoute au fur et à mesure plusieurs voix, lesquelles ajoutent une dimension presque lyrique au titre. Pas de montée en intensité : très bonne idée également puisque elle permet de casser le schéma traditionnel de beaucoup de titres, et de prolonger la sensation de vide nocturne qui se propage au fur et à mesure. Le groupe conclue donc son album par un titre long (5:16), mais très bien maîtrisé, qui permet de quitter les Drums sur une note reposée et calme. 

Conclusion

The Drums signe donc un très bon album à la faveur d'un changement partiel et d'un talent toujours aussi bien exploité. Le changement radical si vivement attendu n'a pas vraiment eu lieu tant certains passages de Encyclopedia se rapprochent de certains de Book of Revelation. Le style Drums n'a pas vraiment changé, et je dois avouer que j'y suis trop attaché pour être en mesure d'exiger réellement un changement radical, qui, disons-le, pourrait être complètement raté.

Néanmoins, la Critique pourrait reprocher aux Drums de n'avoir pas pu/voulu alimenter ce changement, - peut être par manque de volonté, ou de courage - caractérisé par les prémices de ce qu'on pourrait appeler une expérimentation timide. Je rejoins la Critique sur un point : il serait dommage que ce groupe s'enferme dans un modèle, certes très bon mais restant un modèle, tant il a encore à apporter à la scène pop indépendante. Mais je m'en détache sur un autre : j'adore l'expérimentation et les mouvements d'avant garde, - et c'est souvent ce qui me fais respecter d'avantage un groupe - mais je dois avouer que la perte du style Drums me ferait vraiment de la peine, tant je l'apprécie, surtout si cette perte se fait au profit d'un changement complètement raté.

Mais peut être que la critique se fourvoie, et que les Drums ne veulent pas changer (je ne peux m'empêcher de penser aux La's de Liverpool). Dans tous les cas, leur sort leur appartient en ce moment si important dans la vie d'un groupe, réel carrefour entre les différents chemins à emprunter. Mais je fais confiance aux Drums. Pour ne pas se perdre, ou alors, pour semer des cailloux sur leur chemin, pour revenir en arrière si besoin en est.

Pour conclure, je dirai que je continuerai à suivre les Drums avec plaisir. Nulle doute que Pierce et son comparse ajouteront un nouveau chapitre à leur Encyclopedia. Ne reste plus qu'à en connaître le titre.

 

Alexandre Bazin-Evel

Encyclopedia - The Drums

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