Save No One - The Callstore

The Callstore

Le français de Londres est, sans aucun doute, l’une des révélations de l’année. Entre des hommages indéniables et peut-être involontaires à Joy Division et une musique assez variée, le premier album de The Callstore est une réussite. Une vraie.

Critique

Avant de parler de l’album en lui-même, parlons pour une fois de sa pochette et de l’intérieur de l’album. La couverture n’est justement pas sans nous rappeler avec plaisir un célèbre chanteur anglais dont le prénom commence par I et le nom par C. Tout dans l’allure et la veste nous renvoie à l’image torturée et sinistre du mancunien dont les initiales du groupe ne sont nulles autres que J et D. Tête baissée, coupe simpliste loin des tendances hipsters actuelles, col baissé, double rangée de boutons. La photo intérieure, elle, nous montre le londonien sortir d’une maison ( ?), de dos, et cette fois, c’est bien la démarche du londonien qui nous rappelle celle du mancunien. L’iconographie de cet album est donc réellement un succèes, étonnant que l’album n’a pas percé dans le pays de sa Majesté. Alors réincarnation de Ian Curtis ou simple influence ?

En écoutant le premier titre de l’album (Intro), on pourrait penser que l’iconographie est un pur hasard. Le titre en lui-même n’est pas médiocre, loin de là, mais l’orchestration faite de cordes et de voix planante et aigües ne nous rappelle d’aucune façon Joy Division et son ambiance torturée. Alors où sont les références à Joy Division ?? Où sont-elles ? Certainement pas dans les paroles de ce premier titre, puisqu’il n’y en a pas.

Puis on passe au deuxième titre, et là, le massacre commence. Voilà où est Joy D. Ou tout au moins un Joy D revisité, car le son des guitares n’est pas exactement le même les boucles de batterie non plus. Mais quand la voix du français retentit, c’est un réel choc. J’étais en ville la première fois que j’ai entendu Lovers Lane, et je me suis littéralement arrêté, la bouche ouverte, tandis que j’entendais avec plaisir la voix grave, beaucoup trop grave, de Ian Curtis 35 ans après sa mort. Mais alors, que fait Ian Curtis 35 ans trop tard ? Il faudrait le demander à The Callstore lui-même (nous préparons une interview). Ce titre est tout simplement merveilleux, fabuleux, fantasmagorique. A la faveur d’un thème qui se renouvelle continuellement, de boucles de guitares réalisées sur une PS3 (une PS3 bordel de merde !!!!) et de paroles délicieuses, The Callstore signe avec panache un des 10 meilleurs titres de l’année. Pour contrebalancer la tendance très grave du titre, l’artiste utilise vers 2 :10 la présence d’un chœur plus aigu, idée brillante, tant elle permet de ne pas vriller les oreilles. Mais quelle impression de puissance et de mépris se dégage de ce titre !! A ce moment, j’ai réellement penché vers une réincarnation de Ian Curtis. Mais non.

Car dès le titre suivant, les guitares ne sont plus électriques mais acoustiques. La voix reste grave mais d’une certaine manière, elle ne nous rappelle plus Ian Curtis, mais plutôt un pop-songer comme Get Well Soon par exemple. Les orchestrations sont toujours bonnes et plaisantes, mais c’est un peu avec frustration que nous l’accueillons tant Lovers Lane est un chef d’œuvre.

Cette quête ratée de Joy D se réitèrera sur tout l’album. Et à chaque fois que vient un élément rappelant Joy Division, on vient à rêver, comme au début de Thou shall be broken, mais c’est un mirage. Ce titre d’ailleurs, montre avec merveille la variété des styles de The Callstore, avec ici, des tendances plus éléctros et rapides. Ce titre me permet de parler du style de mise en voix de The Callstore, très intéressant, puisque très haché, très articulé, et évidemment, d’outre tombe, tant la noirceur de sa voix est frappante.

Le cinquième titre, "Each to their own" est peut-être celui qui se rapproche le plus de l’idéal Lovers Lane, avec la réapparition des guitares électriques au son si particulier, la mise en voix des paroles, se rapprochant de celle de Ian Curtis, tant elle semble lasse et lugubre, et la qualité des différentes interventions des guitares. En revanche, les apparitions des voix aiguës finissent définitivement d’enterrer l’envie du Joy Division, pour faire triompher celle du Callstore.

"Sad sometimes" est un exemple du mélange qu’est capable de réaliser The Callstore, et c’est le titre qui se rapprocherait le plus d’une définition. Les chorus de Lovers Lane sont là, la voix aussi, les boucles de guitares sont semblables, et pourtant le titre dans son ensemble a une ambiance presque plus pop, de nouveau assez proche de Get Well Soon au moment du refrain. La densité sonore est importante mais n’est pas pénible, au contraire, elle est même assez plaisante. Quant aux paroles, elles sont réellement géniales : « laissez-nous être titres parfois car tout le monde peut être triste parfois ». Cette phrase n’est pas sans me rappeler les paroles de Pale Blue Eyes de Lou Reed, et ça, c’est le compliment ultime. On dit merci.

"The Departed" montre le talent presque folk de The Callstore. On l’imagine bien, avec ce titre, dans un bar miteux tout droit sorti de Inside Llewin Davis. La guitare acoustique est bonne, les paroles déprimantes, mais c’est parfois ce qu’on veut, ou alors, c’est ce que je veux. Car la vie est une histoire incessante de départs et de retours, parfois temporaires ou parfois définitifs. Les définitifs sont les plus déchirants mais les meilleurs, car c’est eux qui font apparaître ce sentiment, horrible pour certains, adorable pour moi, ce sentiment si cher à Don Draper dans Mad Men, ce sentiment qui signifie littéralement la douleur d’une vieille blessure, ce sentiment appelé Nostalgia selon Don Draper, Nostalghia selon Andrei Tarkovski, et Nostalgie selon moi. Ici, c’est la nostalgie d’un amour passé ou en train de passer. Brillant, et encore plus quand le titre s’emballe. « Remember Me ».

"In between tricks the magician bows" est de nouveau un titre plus dense, comme si Save no one était finalement une alternance entre rock et pop. Ici, rien n’est vraiment à signaler qui n’ai déjà été dit, sinon que cette fois, les cordes se mélangent au guitares électriques, ce qui d’ailleurs est une très bonne idée de The Callstore. Les sonorités sont très plaisantes lors d’un solo et rappelle parfois Mogwai. Un très bon titre de nouveau.

Au très bon "Pointless continue to break", succède de nouveau un titre acoustique et pop, the Letting go, et devinez ce qui succède à un morceau pop chez the Callstore ? Un titre rock, c’est bien, vous avez saisi.

"Above and beneath your feet" est le dernier titre de cet album. Indéfinissable, il cadre cependant totalement dans l’album du londonien français. Plus bruitiste et expérimental, il permet de quitter The Callstore dans un brouillard quasiment halluciné. Bravo.


Conclusion

The Callstore signe donc un album remarquable, puisqu’il permet déjà de tracer les contours d’un style. Rares sont les artistes, ayant, dès leur premier album, affirmé une telle personnalité musicale. Finalement tellement proche et tellement loin de Joy Division, The Callstore réutilise le mythe Joy Division sans le copier, et c’est peut-être finalement une bonne chose, pour composer sa propre musique, riche en sonorités et unique.
Il faudra désormais reprendre la carte du Rock Indépendant et y ajouter un point, à Londres, nommé The Callstore, et y barrer la mention « Réincarnation de Joy Division ».

 

ABE

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