L'Orange Mécanique - Anthony Burgess

L'ORANGE MECANIQUE.

Fiche Technique :

Date de publication : 1962

Auteur : Anthony Burgess

Langue originale : Anglais

Personnages : Alex DeLarge, Mr Deltoid, Dim, Georgie, Pete

Genres : Satire, Fiction, Nouvelle, Science-fiction, Dystopie, Littératures de l'imaginaire, Fiction utopique et dystopique

Distinctions et récompenses : Prix Prometheus

 

Critique :

 

« 21 Décembre. Nuit très sombre, aucune envie d’écrire. »

Goddammit ! En effet, tel mon ami qui m’a conseillé ce livre noir aux aspects faussement blancs, je pourrai placer, comme Burgess l’a fait plus de 8000 fois, ce mot dans ma copie. Nom de Dieu, je ne préfère pas, de jeunes lectrices a la chaire rosée et aux yeux gourmands ne me connaissent surement pas encore, et pour une fois, je vais faire bonne impression ! Soyons sérieux, soyons propre, soyons.

Finies les belles paroles dignes d’un ancien et futur président de la droite, et passons plus sérieusement au patient « orange mécanique ».

Dans un futur loin d’être lointain pour nous autres consommateurs d‘IPhone et de drogues dures, le jeune Alex, au physique purement attrayant et à l’esprit simplement fascinant, repousse les limites du politiquement correct et de la violence froide, gratuite, insensée et foutrement humaine. Fan inconditionnel de la neuvième symphonie d’un compositeur romantique germanique dont un fan inconditionnel de ballets russes comme moi s’interdit de prononcer le doux patronyme, sombre peu a peu dans une folie cynique et prosaïque. Franchissant toutes les barrières des mœurs et de la bien-pensance, il se retrouve en prison pour mieux se perdre a nouveau. Sélectionné pour le projet loufoque d’un gouvernement burlesque, on lui infligera de nouveaux procédés pour le réintroduire dans la société…

Compagnons de lectures, je dois vous faire une confidence, pour la première fois, je dois vous informer que la suite est réellement choquante. C’est une histoire qui claque au fouet le corps encore chaud.

Je présume que si vous lisez cette phrase c’est que, sans aucun mauvais jeux de mots, vous n’êtes pas orange de trouille !

A défaut de vouloir vous faire un résumé analytique qui vous spoilerai le bonheur sordide d’avoir mal, passons à la critique. Mais avant, je me prends la liberté de vous parler de 3 passages clef. Oui, c’est surement inutile, oui c’est surement mauvais, oui c’est moi qui décide, et si ca te plait pas, c’est dommage.

Le premier passage est celui ou, après avoir cambriolé la dame aux chats, Alex tente de s'enfuir mais il est trahi par ses droogs. Dim le frappe avec une bouteille de lait au visage, le laissant chancelant et provisoirement aveugle. Alex est interpellé et malmené par la police. À ce moment, Mr. Deltoid arrive et annonce à Alex que la femme vient de mourir des suites de ses blessures, faisant de lui un meurtrier et il lui crache au visage. Au tribunal, il est condamné à 14 ans de réclusion criminelle, sous le matricule n.655321.

Pourquoi celui-là ? Je ne sais pas. Surement car cet extrait est aussi noir qu’ignoble. Oui en effet, ce qui nous choque le plus dans ce passage n’est pas le crime d’Alex, ni sa condamnation, mais bien la trahison de ses amis, de ses frères. Eux, pour qui nous avions un regard aussi méprisant que celui que nous lançons a un bus venant du Kosovo rempli de jeune bambin. Eux, pour qui plus, plus, plus n’est jamais assez. Eux pour qui les petits vols dérisoires dans la caisse d’une supérette étaientt aussi futiles qu’un bulletin de vote. Eux dont nous avions presque oublié l’existence, les réduisant aux ombres fades et monotones suivant sans penser les ordres du chef. Eux qui viennent tout simplement de changer la donne, de changer le cours de l’intrigue. Ils n’ont plus seulement suivi l’histoire, ils l’ont écrite. Leur félonerie n’a pas seulement privé du jour Alex, elle leur a fermé les yeux pour mieux découvrir le monde sans violence.

La ville d’Istanbul est tombée par une trahison, le groupe financier Goldman Sachs est tombé à cause d’une trahison, le trône de fer est tombé à cause d’une trahison. Pourquoi je vous dis cela ? Pourquoi je fait ces parallèles historiquement insignifiants ? Prenez une double dose de scotch 15 ans d’âge et allumez votre dernière enceinte musique offerte par vos parents avec votre album préféré car il vous faudra du courage pour comprendre ce que je vais écrire.

Durant tout le voyage immobile de la lecture que nous offre l’auteur, Alex est un phénomène, l’anti-héros par excellence. Il est le malade mental avec qui on rêve tous de partager une rave party dans un champ. Tout est fait pour lui, l’histoire est son histoire, alors que là, pour la première fois, on l’a démystifié, on a brisé ce colosse aux pieds d’argile. On l’a tout simplement rendu « humain ». un humain subissant l’acte primitif le plus répandu chez l’homme : la lâcheté. Après cet extrait, Alex est tout bonnement devenu un quidam… Personne ne voit le problème ? Par cette fumisterie, l’auteur aux 50 nuances d’orange, nous permet de s’identifier a ce pauv’mec un peu triste. C’est le début du piège, le début de notre orangeade. ( ok le jeux de mots est nul ), et oui, on devient Alex après ce passage.

Bonne chance pour vous, ma playlist aussi talentueuse que mégalomane vient de me faire écouter le talent baroque de Patrick Sébastien, le prochain extrait sera donc plus … joyeux 

Le second passage est le « reconditionnement » d’Alex par la science. Le traitement est fondé sur un principe semblable à celui des réflexes de Pavlov, consistant en une thérapie par aversion. Il s'agit d'amener Alex, attaché à un fauteuil avec un appareillage qui le force à avoir les yeux ouverts, à associer certains stimuli (des scènes de violence ou de sexe projetées sur un écran qu'il est forcé de regarder) aux douleurs provoquées par les drogues qu'on lui administre au cours de ce traitement. Lors d'une des séances est projetée une série de scènes de l'Allemagne nazie dont la bande-son est la Symphonie nº 9 de Beethoven, ce qui va paradoxalement transformer son admiration pour ce chef-d'œuvre en une profonde aversion, montrant l'évidente efficacité du traitement.

Non pas que ce passage soit subversif ou qu’il change notre point de vue. C’est juste paradoxalement un plaisir sadique que je veux vous faire partager. Qui n’aime pas faire pleurer le gros de la classe ? qui n’aime pas traiter son prof derrière la porte ? Qui n’aime pas croiser un haut Dior avec un bas Chanel ? Le monde est sadique, et je l’acquiesce. En lisant cette expérience, nous sommes envahis de la sensation rare d’être opprimés dans un grand espace, contraints dans la liberté, noyés dans l’espace. On veut fuir mais nous sommes attachés par ce pacte moral qui nous lie a Alex, quitter la lecture serait comme porter un t-shirt de green-peace dans un rassemblement de l’OPEP, un véritable suicide moral, et comme vous êtes encore plus lâches et stupides que moi, vous allez continuer à lire ce que j’écris en me foutant de vous.

Nous voyons bien ici une critique des principaux procédés utilisés dans le monde des prisons. Meme si l’acte est futuriste, il n’en reste pas moins contemporain a nos idées, tout le monde est d’accord que pour changer quelqu’un il faut changer la base. Mais comment ? et voila je t’ai eu. Il n’y a pas de solution, il n’y en aura jamais. Réfléchissez bien à ça avant de critiquer les taulards: la prison les change-t-elle ou casse-t-elle seulement leur moral et leur avenir ? Un ferrero rocher a celui qui trouve la solution !

Le dernier passage que j’aimerais vous éclairer de ma lumière presque divine est le suivant. La dernière phrase prononcée par Alex à la toute fin du livre est : « Oh oui, j'étais guéri pour de bon. »

Je vous laisse seul juge pour conclure mon raisonnement.

Pour être honnête, ce livre est dangereusement plaisant, violement excitant, terriblement accrochant… à chaque page qui se tourne, c’est un coup de poignard dans le dos. L’auteur nous fait plonger dans nos travers les plus noirs. Notre esprit est matraqué puis on lui roule dessus a coup d’horreur. Ce livre nous fait vite oublier l’odeur si singulière des femmes de classe moyenne qui règne dans nos chaumières pour nous asperger d’une odeur crasse. Nos mains tremblent, notre cœur pourrait battre un somalien qui court après un big-mac à la course et nos yeux veulent se fermer pour se protéger de cette obscurantisme.

C’est aussi une critique avide et proprement fourbe que fait l’auteur contre le système carcéral comme dit précédemment ! L’absurde et la déontologie sont ses meilleures armes. Ces cartouches, il les réutilise contre les femmes, l’amour, la sexualité, les autres, lui-même.

Merde. Je ne vous ai pas encore dit ce qui faisait le plus peur dans ce roman… ce qui nous fait peur, perdre nos sens, perdre nos repères et notre âme charnelle, c’est le fait, que plus d’une fois, on se dit que cet homme, ce criminel d’Alex, c’est nous. Qui n’a jamais voulu frapper à mort quelqu’un ? Qui n’a jamais volé son prochain ? Qui n’a jamais eu envie de finir la bouteille de cognac de son père et prendre une voiture pour rouler loin de tout sans aucune règle ? Soyons honnête, on a tous voulu le faire. C’est le principe de la fiction, on s’identifie aux personnages, à ce personnage. On essaye de ne pas réveiller le monstre qui sommeille en nous tous. On se met à nous-même, il est là, infiniment plus puissant que ce qu’on le pense. L’être froid qui dort en nous est terrible.

Ce livre nous oblige à nous cacher dans l’ombre, loin du bonheur. L’histoire est dure et singulière, rien ne lui ressemble… nous ne regardons plus la société de la même façon après avoir lu ORANGE MECANIQUE, nous nous rendons compte que notre ennemi n’a pas de drapeau, n’a pas de visage, il se cache dans l’ombre, dans notre corps et notre cœur, c’est donc là que vous devrions allez le combattre.

L’auteur déclare une guerre, une guerre contre nous même. Finissons-la, fermons ce texte, et plongeons dans un bon vieux Marc Levy histoire de masquer un peu ce sourire à l’ envers.

Scarp

PS : Goddammit ! Le premier qui me parle du film éponyme je l’enferme dans une salle avec pour seule compagnie la BO de la reine des neiges. 

 

 

L'Orange Mécanique - Anthony Burgess

Aucun message nʼ a été trouvé.

Nouvel avis