L'Odyssée de l'Espace - Stanley Kubrick [Analyse et Réflexion]

 L'Odyssée de L'espace : Essai et Réflexions :

Il s'agit d'un essai sur L'Odyssée de L'espace qui nécessite que vous ayez vu le film. Je livre ici mes explications et ma vision du film ! Prenez bien en compte que ce n'est qu'un commentaire personnel et subjectif et que si vous êtes en désaccord avec moi sur certains points, n'hésitez pas à en débattre dans les commentaires ! Je me ferai un plaisir d'échanger avec vous ! Cet essai sera composé de deux parties, d'une partie introduction (avec une nouvelle) et d'une partie réflexions. Je précise que les avis exprimés sur les œuvres, les événements et les noms cités dans cet article, ne sont que les commentaires de ma personne et ne représente en rien l'ensemble des avis des Sentiers Du Cinéma. Sur ces précisions, bonne lecture !

 

Sommaire :

 

1.     Introduction sous forme de nouvelle (1ère nouvelle)

2.     Fiche Technique & Distribution

3.     Résumé complet et interprété de l'œuvre

4.      Étude du récit et de la narration

5.     Analyse de l'image et de ses idées

6.     Analyse psychologique des personnages

7.     Étude des cinq phases du récit

8.     L'espace selon Kubrick

9.     Ambiance graphique

10.   La musique selon L'Odyssée

11.   Explication de la nouvelle d'introduction

12.   Impact culturel et élargissement

13.   Conclusion

 

1) Introduction :

Nouvelle :

L'orage gronde, la pluie coule à terre. Les hommes vagabondent sur cette surface délabrée. Le lointain rugissement des vagues sur le rivage se fait entendre. Un fond sonore couvert par les mugissements aigus des oiseaux de mers. La mer est belle aujourd'hui, bien rouge, à donner envie. Et le ciel ! Quelle beauté, personne n'a jamais vu un vert pareil. Le lointain est orange, presque mauve.

Le temps change alors, mais l'astronaute regarde toujours le lointain, les yeux qui roulent, presque convulsés. Les vents coulent alors, les eaux tempêtent. L'orgue retentit alors, puissant et proche. Il semble entourer l'homme.

Ses yeux sont toujours convulsés, toujours ruinés par le doute ou la peur. La plage fond soudain et se reforme en prairie. L'eau se soulève et forme les paisibles vaches et les tranquilles moutons. L'homme rêve, je crois. L'orgue continue de sonner et de sonner encore. La terre tremble et se déchire.

L'homme brûle. Ses yeux deviennent blancs. Ses mains tremblent et semblent accrocher quelque chose. Il ouvre la bouche mais rien n'en sort. Une fille court dans la prairie. Sa longue robe couverte de sang se balance au rythme du vent. Elle ne voit pas l'astronaute. Mais lui, la voit.

L'astronaute rêve vraiment. Il est dans le silence et dans l'oubli. Son corps se brise. Ses yeux le perdent et il s'étouffe. Sa combinaison est perforée, mais là où il va, il n'a nul besoin d'elle. Car l'astronaute se meurt. Il n'est pas dans sa chambre d'écolier, nostalgique du temps ancien. Il est dans l'endroit de non-bruit. Pas de sens. Pas de son. Pas de direction. Pas de repère. Il reste juste cramponné à un manche de fusée. Son casque flotte doucement à ses côtés. Il voit le noir et ne verra plus rien d'autre.

L'astronaute est dans le vide. Tournoyant sans raison. Sa vie bascule de pionnier à condamné. Il ne lui reste que dix secondes à vivre. Dix secondes de souffrance oméga et de peine alpha à endurer. Dix secondes éternelles et infinies dans le néant et le cosmos.

Sa chair et son être se disloquent petit à petit. Ses nerfs sont arrachés, ses tripes explosent, ses jambes fondent, ses os se brisent et ses yeux éclatent. Mais le cœur et le cerveau tiendront les dix secondes restantes. Il termine sa vie au tréfonds de l'univers, entouré par le vide. Il ne peut rien n'y faire. Il tournoie juste. Tel une balle.

Il vient de tout perdre. Corps et âme. Il vient de chuter et il n'arrivera pas à remonter l'échelle. Il se laisse aller. Il ne sent plus rien, à part les éclats du casque lui ouvrant la gorge, sa combinaison se souder à sa peau, ses ongles et ses doigts se tordre et éclater. Il se laisse aller. Plus que cinq secondes, avant qu'il ne soit plus rien. Plus de prière, plus de peine, de douleur, de souffrance, de remords, dans cinq secondes, il ne serait plus qu'un cadavre dans l'univers. Balloté et mouvant selon les lois de la gravité. Il chute ici et désormais devant l'infaillible échec, la certitude absolue que l'Homme meurt avec lui. Il succombe alors à la douzième seconde, ayant souffert mille ans supplémentaires en ces douze secondes.

Il a terminé son existence. L'esprit a cessé de fonctionner. Il est chez lui. Assis sur un fauteuil royal. Il est le sommet d'un triangle formé par un lit, une horloge et lui. Il vient de mourir. Il vient de comprendre. Il vient de s'enrichir. L'espèce humaine est morte avec lui. Il est dans une salle d'attente, semblable à dix mille autres. L'horloge tonne. Il attend quelque chose, une finalité quelconque. L'horloge tonne. Il attend une lueur, une explication, une résolution finale. L'horloge tonne. Il regarde autour de lui. L'horloge tonne. Il ne comprend pas. L'horloge tonne. Il cherche encore désespérément, paniquant, échouant encore une fois. L'horloge tonne une dernière fois. Il tombe. Il meurt enfin. La treizième seconde vient de se terminer. Il n'a pas vu le fœtus dans le lit. Il n'a pas compris. Il est mort, son cerveau a fondu face à un rayon du soleil. Il est mort. L'orgue a sonné. L'horloge a tonné.

2) Fiche Technique :

·         Réalisation : Stanley Kubrick

·         Scénario : Stanley Kubrick et Arthur C. Clarke (d'après deux nouvelles de ce dernier : À l'aube de l'histoire et La Sentinelle)

·         Direction artistique : John Hoesli

·         Décors : Tony Masters, Harry Lange et Ernie Archer

·         Costumes : Hardy Amies

·         Maquillage : Stuart Freeborn

·         Photographie : Geoffrey Unsworth et Gilbert Taylor

·         Montage : Ray Lovejoy

·         Musique (non originale) : Richard Strauss, Johann Strauss fils, György Ligeti et Aram Khatchaturian

·         Production : Stanley Kubrick et Victor Lyndon

·         Sociétés de production : MGM, Stanley Kubrick Productions et « Polaris »

·         Sociétés de distribution : Metro-Goldwyn-Mayer, Warner Bros. et Turner Entertainment

·         Budget : ~ 12 000 000 $ US

·         Pays d'origine : Royaume-Uni,  États-Unis

·         Langue : anglais

·         Format : couleur (Metrocolor) - (Technicolor)

Version 35 mm — 2,35:1 CinémaScope — son stéréo 4 pistes magnétiques

Version 70 mm — 2,20:1 Super Panavision 70 — son stéréo 6 pistes magnétiques sur copies dites " plates ", ainsi que sur copies appelées " sphériques "

·         Genre : science-fiction, anticipation

·         Durée : 156 minutes (version originale), 139 minutes (version définitive)

Distribution :

Acteur

Rôle

Keri Dullea

Dr David Bowman

Gary Lockwwod

Dr Frank Poole

William Sylvester

Dr Heywood R.Floyd

Daniel Richter

Moonwatcher (Chef des primates)

Leonard Rossiter

Dr Andrei Smyslov

Margaret Tyzach

Elena

Robert Beatty

Dr Halvorsen

Sean Sullivan

Dr Michaels

Douglas Rain

Voix d’Hal 9000

Frank Miller

Contrôleur de mission

3) Résumé complet et interprété de l'œuvre :

Deux planètes se croisent. Des rayons de lumière provenant de l'étoile la plus proche se font voir. Nous sommes éblouis, par tant de rayonnement et tant de lumière. Un alignement parfait. Un sentier lumineux reliant en une fraction de seconde spectateur et cinéaste. L'odyssée de l'espace de Stanley Kubrick est à mon sens le chef d'œuvre absolu de la science-fiction. Une proposition ultime et finale qui repousse toute les limites du genre et offre une vision génialement synthétisée de notre univers. Cinq phases prennent place dans cette Bible universelle et fondamentale : la naissance, l'évolution, le voyage, la mort et le néant. Cinq grands chapitres dans cette odyssée édifiante.

On assiste à demi rebuté et à demi fasciné, au plan noir qui ouvre cette bible. Il dure. Une minute. Deux minutes. Trois minutes. Une éternité entièrement noire. Le début de toute chose. Du noir naît la lumière et inversement, une symbolique presque évidente. On nous parle là d'un cycle. D'une roue aléatoire et divine, qui tourne et tourne et tourne encore pour ne s'arrêter que sur la bonne case. Une infinité de probabilité d'échec et pourtant il ne suffit que d'une fois. La preuve en est cette espèce animale, nommée Singe.

La naissance qui provient du Néant. Les singes en sont nés, ils forment leur communauté grégaire. Ils boivent entre eux. Mangent entre eux. Se battent pour un bout de terre en friche et pour une mare ou un étang. Rien ne semble troubler cette paix animale et bestiale. Mais, un matin sur Terre, ils découvrent un monolithe rectangulaire planté devant leur chez eux. Il ne bouge pas. N'émet aucun son. Aucun mouvement ne se fait voir. Il reste planté là, lisse et immobile. Les singes sont fascinés. Est-ce son immobilité ? Sa forme de rectangle parfaite ? Mais face à cette influente relique, probablement « divine », ils évoluent. Ils découvrent l'os et le bâton. Ils commencent à chasser et on se doute que probablement après, ils découvriront feu et mort et qu'ils évolueront vers une nouvelle ère.

Et quand un os, vole en l'air et tournoie, on passe en un fondu à l'espace intersidéral. Un vaisseau se laisse voir. Puis deux. Et sur danse presque tendancieuse, on assiste au premier voyage spatial de notre continuité. On voit le cheminement d'un voyageur lambda ou du moins le paraît-il en son temps, qui va faire son transit pour rejoindre la lune. Quoi de mieux en effet que de voyager par Air Kubrick et d'effectuer son vol spatial en toute sécurité ?

La station de transit entièrement sphérique tourne sans cesse et n'a selon toute vraisemblance ni sens et ni forme. Juste un cercle absolu, preuve désormais suprême que le mot sens est une valeur inconnue dans l'espace. S'ensuivent les consignes pour pisser en l'absence de gravité ainsi que les repas liquides pour le transit intestinal dans un milieu spatial. Et quand notre éminent voyageur atteint son but (la Lune), il découvre avec stupeur un monolithe rectangulaire, immobile et complètement lisse. Mais malheureusement pour lui, il est professeur de nous-ne- savons-quoi. Et sa mission était d'analyser et d'observer ce monolithe. Celui-ci lors de l'exploration lunaire, émet un son si puissant que tout ce qui participa à l'exploration fut annihilé dans la seconde, suivis par le Néant le plus absolu.

L'histoire reprend sur un vaisseau en route pour Jupiter. Une mission spéciale et secrète dont le but officiel est d'atteindre Jupiter pour y mener des expériences. Cette entreprise est une grande première. Mais qui a autre dessein que ce qui n'y paraît malheureusement. En effet cette opération menée par le robot Hal tourne mal. Celui-ci connaissant le vrai but de la mission est de plus en plus rebuté par l'idée d'y aller. Et face à l'inhumanité de ses maîtres, il décide de tuer tout membre de l'équipage. Il réussit à en tuer quatre mais le cinquième le débranche et le « tue » à son tour. Leur véritable mission était d'explorer Jupiter pour y trouver la réponse : D'où vient ce monolithe ? En effet le son qu'il émanait ne menait que vers un point : Jupiter. Le dernier survivant continue donc et arrive finalement devant la planète.

Mais toute histoire mérite une conclusion. Devant Jupiter, le monolithe apparaît. Il tourne et gravite autour d'elle. Est-ce le même ? Est-ce un autre monolithe ? Le dernier survivant tente de le récupérer mais se fait happer dans une faille dimensionnelle. Et voit à travers elle, la dimension absolue, la finalité de la conscience humaine et la fatalité de toute vie. Il voit le temps. Il assiste convulsé à l'irrémédiable avancée de son époque. Il voit sa vie et son « soi », caractérisé en humanité, passer par les grands âges de son existence et il finit par mourir. Dévoré par son soi et son temps.

Il termine dans le Néant, forme évanescente devant le crépuscule d'une étoile. Il regardera donc maintenant, le monde se dérouler devant lui. Il a échoué et n'est plus qu'un spectateur. On retiendra du dernier plan un « Try Again » assez déroutant.

4) Etude de la narration et du récit :

Cette épopée spatiale se décompose en cinq parties ou phases. Ces phases ou étapes situent le film dans son univers avant tout réaliste. Kubrick ne filme pas un gloubi-boulga de rayon laser vomitif et volant dans tous les sens ! Il filme avec méthode l'évolution de l'homme. L'homme venant du néant, l'homme naissant, l'homme évoluant, l'homme mourant et enfin son constat.

Il se place en tant que spectateur et narrateur de cette évolution, il observe de manière glaciale et en parle avec une froideur absolue. Ses plans sont fixes, aucun mouvement de caméra. Il s'agit là de rapporter des faits élémentaires et inscrits dans une vérité déjà connue. Kubrick fait un film contant l'histoire de l'humanité d'un point de vue extérieur. Comme un professeur d'Histoire. Il connaît le sort de l'humanité et la raconte sans arrêt. C'est une fable, une série de légendes philosophiques qui n'ont d'autre sujet que le passé, le présent et le futur de l'espèce humaine.

Le récit est long, très contemplatif. C'est une histoire que l'on vit transi. Fasciné sans arrêt par l'esthétique et l'atmosphère glaciale qui règne en maître dans cette œuvre. On peut le voir comme un fil spatial d'où le professeur Kubrick pioche quelques séquences et les expose ensuite dans son histoire. Kubrick fascine encore et toujours par sa perception des choses : le vide spatial et le silence de mort qui y règne.

Cette fascination presque démente pour le vide et le silence porte le film à une puissance philosophique jamais égalée. Kubrick peut filmer un astronaute agonisant dans le vide pendant un plan séquence interminable comme il peut filmer la rotation infinie d'une station spatiale.

5) Analyse de l'image et de ses idées :

Le film propose une image impeccable. Une dimension artistique absolument titanesque. Les décors sont réalistes et on y retrouve la société actuelle. Il ne s'agit pas d'une société parallèle. Il s'agit de notre société que Kubrick dépeint dans cette œuvre. Une société partant à la conquête des étoiles. L'image a ici un réel impact culturel.

Kubrick montre un vrai talent dans la composition de ses plans. Ils sont à chaque fois équilibrés et bourrés de symbolique élémentaire. L'image est soignée et presque picturale. Il s'agit à chaque image et à chaque plan fixe d'une nouvelle fresque imaginaire qui s'ouvre sur un univers encore inconnu.

La dimension « Espace-Temps » se caractérise par une succession de tableaux et de points de vue, non pas étranges et effrayants mais tout simplement magnifiques. Kubrick réalise ici sa recherche la plus poussée sur l'image. Chaque plan de cette scène finale est méthodiquement choisie, placé et s'assemblant dans une corrélation d'idées menant à un constat : le Temps est tout.

Kubrick exprime la valeur « Temps » par son image. Il ouvre et clôture le film par les mêmes plans. Maintient en permanence le rapport entre les images. Kubrick décrit toute l'importance temporelle dans ce magnifique coucher ou lever de soleil. Il marque le temps d'une valeur mémorielle, de plans iconiques qui marqueront l'Histoire, mémorables et inoubliables. Chaque image devient un symbole culte. Chaque tableau rentre dans une réalité et ce tout, forme le point le plus important du film : l'Evolution.

L'image a donc une triple signification. Elle marque sur le plan uniquement lié au film, l'évolution de l'humanité, son apogée et sa mort sanglante, tout en permettant de proposer des réflexions sur le monde actuel et futur, en y liant la vision visionnaire du passé. Cette image devient instantanément un standard cinématographique et culturel. Mais l'image est aussi une mise en abîme. Un point de vue et de conscience offerts par le spectateur sur le cinéma. En effet, cette image si particulière pose quelque questions fondamentales : Qu'est-ce que l'image au cinéma ? Comment va-t-elle évoluer ? Et enfin, comment est-elle perçue par les spectateurs ?

6) Analyse psychologique des personnages :

Pour comprendre le film, il faut d’abord comprendre les personnages. Chacun est un livre à découvrir. Chaque personne, à chaque plan et à chaque séquence est une histoire dans l'histoire. Ils sont le cœur et la base de la représentation de notre société. Ils sont froids, calculateurs, membres d'une élite ayant accès à l'infini. Ils se caractérisent par leur déni du monde qui les entoure. Ils sont pour la plupart de simples reflets inhumains de l'être humain, leur humanité leur a été dérobée.

Kubrick malgré son apparente neutralité, ne peut empêcher de les montrer froids et durs. Une « race » d'homme génie, envoyée dans l'inconnu.

Les deux seuls personnages « humains » du film sont au final Hal9000 et l'éminent docteur en phénomène spatial qui participe inconsciemment à la machine. La fin de l'humanité en l'an 2001. Mais cette fois pas par un groupement d'aliens ou par une fin du monde générique lourd, mais par eux-mêmes.

Le monolithe est LE personnage final du film. Il fut là avant tout et resta encore après. Il ouvre et clôture le film. Le monolithe représente le Créateur. Il surveilla la Terre, y créa la vie, la stimula et l’annihila quand elle voulut le démasquer. Le monolithe est une incarnation divine, s'il n'est le Divin lui-même. Il est l'allégorie de l'inconnu. La donnée X de l'équation. Il s'agit n'y plus ni moins de l'alpha et de l'oméga, le début de rien et de la fin de tout. On le voit tel un titan grec.

La réaction de ces pions sur l’échiquier du monolithe est aussi vicieuse que perfide. Ils sont au final des humains trop peu humains servant l'humanité. Ultime paradoxe que Kubrick fait se heurter avec la divinité ancestrale qui est tout.

7) Etude des cinq phases du récit :

L'histoire de L'Odyssée est une bible en cinq chapitres, qui se succèdent et s'alternent. Chaque acte étant un chapitre différent s'ouvrant sur un autre univers. Les personnages changent ainsi aussi à chaque phase. Il s'agit d'un poème en vers, qui à chaque strophe renforce la théologie mystique de l'univers de Kubrick.

1 : Le Néant

Partie la plus présente. Le néant revient à chaque fois comme un rappel constant des origines de l'Homme et comme annonce et indice final de sa fin. Il sépare les autres parties comme un entracte et permet d'augmenter la tension et l'oppression du film.

2 : La naissance

L'homme est né. Cette partie présente les premières origines de l'homme : Le singe. On y voit sa vie et l'apparition du Monolithe. Y règne une ambiance très documentaire, les singes y sont filmés pendant deux jours et une nuit. On assiste aux affrontements et à la soudaine stimulation du Monolithe qui entraîne apparemment l'évolution des singes.

3 : L'évolution

Dans cette partie, l'homme a évolué. Il possède une technologie suffisante pour aller dans l'espace. Il colonise des planètes et des mondes et possède un groupement de stations, de bases et d'avant- postes. Il explore l'univers à son rythme. Dans cet acte les hommes découvrent sur un cratère de la lune, le monolithe. Il émet alors un son allant vers Jupiter. Il s'agit d'une partie constat, Kubrick analyse la société de l'œuvre et la compare avec la nôtre.

4 : Le voyage

Cette partie raconte le voyage de l'homme vers sa fin. Il tente de connaître quelque chose de mystique. De profondément dangereux. Il tente de mettre la main sur le créateur. On peut y voir, l'avidité de l'Homme, il veut chercher des réponses alors qu'il n'y est pas prêt.

5 : La mort

L'Humanité étant arrivée là où elle ne devait pas, meure. Elle a abandonné tout pour arriver là et pourtant, elle y meurt. Mais elle se «réincarne » finalement en un nouvel espoir. Une autre espèce arrivant.

Ces cinq parties forment le centre de la réflexion. Elles forment un pentagone qui encercle les images et le son. Kubrick forme donc tout son film comme un organisme vivant.

8) L'espace selon Kubrick :

L'espace est vide. Il s'agit d'une absence de tout, d'un abîme béant aspirant toute chose. Ce gouffre sombre et infini, ce voile invisible et mortel, qui se saisit de sa proie puis l'asphyxie dans l'immensité du cosmos et devant la magnificence des étoiles. C'est une beauté mortelle mais c'est probablement l'élément le plus attirant. L'homme est attiré par ce genre de danger, c'est inscrit dans sa nature profonde.

Kubrick filme malaisément cet espace, à qui il donne une visuelle et des graphismes stupéfiants. Il le filme comme un personnage à part entière, qui participe lui aussi au déroulement de l'histoire. L'espace traque et détruit les personnages un par un. Il s'agit également d’un fil conducteur de l'histoire. Le requin qui ayant attrapé sa proie, ne le lâche plus et la dévore. Et ainsi Kubrick peut se permettre de filmer un homme mourant dans le vide, pendant cinq minutes avec le même plan. La même répétition de gestes, la vision sordide et macabre où un homme se fait broyer, déchiqueter et anéantir par l'espace.

L'espace tel qu'on le perçoit est froid, sinistre et presque morbide. On se sent oppressé par sa masse et son poids. Il représente un nuage de douleur et de mort, omniscient et omnipotent à travers lequel apparaît la trame de l'histoire. Et au final, il ne s'agit que d'un obstacle en plus sur le cheminement de l'évolution et d'une autre manifestation divine, incarnation supplémentaire des étranges forces et des étranges phénomènes qui serait presque capable de passer pour des Deus Ex Machina.

Mais le plus important est le silence cosmique. Dans l'espace, le son ne porte pas, ainsi le film joue aussi sur cela. Qui y a-t-il de plus déchirant que la mort d'un homme sans son ? L'homme doit crier, hurler, contre la mort de la lumière, mais pauvre de lui, il ne s'entend pas crier, pendant les douze secondes où son squelette se déchire face à la pression et pendant la minute d'asphyxie que l'homme supporte.

9) Ambiance graphique :

Si dans l'espace, il n'y a ni son, ni sens, ni direction, Kubrick l’a compris, et encore mieux, il en fait une partie intégrante de sa symbolique ainsi que pilier de son décor futuriste et réaliste. On participe au voyage spatial, on marche avec les personnages dans cette station aéroport, aux murs blancs immaculés, percés régulièrement de meurtrières spatiales donnant sur une autre vision. Les plans donnent sur d'autres plans. Les images donnent sur d'autres images.

Tout l'univers repose sur une esthétique de courbe. L'espace n'a pas de sens, encore une fois. Cette courbe correspond aux cercles de l'existence, cette circularité démarque la volonté infinie de l'œuvre. C'est une ligne courbée, parfois pliée, qui résiste au temps. Cette volonté de réalisme absolue, en tout cas sur l'idée d'anticipation de la société humaine ainsi que sur sa technologie, maintien encore le réalisme du film. Il n'a pas vieilli. Il est juste resté tel qu'il était à sa sortie, une preuve pessimiste et optimiste à la fois, qui a pour matérialisation la plus concrète, sa dénonciation de la société humaine et son imagerie visionnaire.

Cet univers est concret et puissant. Ce ne sont que des lignes épurées qui se mélangeaient dans la marmite du chef Kubrick, donnent une soupe d'un infini équilibre. Ce plat de gourmet, assaisonné à la perfection ne donnent qu'une ambiance authentique et assurée.

Cette ambiance graphique reste l'une des plus marquantes et des plus authentiques que le cinéma a un jour offerts. Tout dans cette œuvre est créé, inventé, innové pour la simple vérité voulue par Kubrick. Il livre à travers cette œuvre très recherchée en matière de décors et de graphisme, un message divin. Il va tellement loin dans ce travail poussé qu'il en passe à son tour, pour divin. Il devient le monolithe qui observe. Le cinéaste narrateur qui devient caméra et historien. Il se transforme alors en être omnipotent et omniscient !

10) La musique selon l'Odyssée :

Mais l'Odyssée ne serait que l'odyssée sans sa bande son. Un mélange d'une musique à la fois nouvelle et inventive et de la musique « terrestre » qui rend presque légitime l'ode homérique de cette aventure humaine. Cette musique prend son sens dès la première scène du film où elle soutient une oppression croissante entre une image entièrement noire et une musique crescendo.

Elle donne une dimension spatiale à l'œuvre et permet d'agrandir le champ de vision cosmique des images. Il s'agit d'une partition monumentale inscrite dans un film gigantesque, qui démontre de la manière la plus extraordinaire qui soit que la musique et l'image sont irrémédiablement nécessaires à l'ambiance d'un film.

C'est une bande originale génialement utilisée, caractérisant presque à la perfection la profondeur et la richesse intellectuelle de ce récit. Entre une partition vocale angoissante et oppressante et une partition orchestrale et symphonique aérienne et puissante.

11) Explication de la nouvelle d'introduction :

L'introduction en nouvelle présente au début de l'essai est une sorte de résumé de ce qui vient ensuite. Comme je le dis au cours de mes réflexions, Kubrick filme un homme en train de mourir, puis mort pendant un plan fixe où il dérive dans l'espace. L'idée de cette courte nouvelle était de rendre ce personnage, de raconter sa fin. Il s'agit d'un astronaute en train d'agoniser dans le vide. Il sent son corps et son âme se briser face à l'espace. Il affronte en quelque sorte le monolithe, celui qui contrôle tout. Il fait face à l'allégorie de Dieu. Il supporte en douze secondes la totalité des peines et des souffrances de l’Humain. Cette nouvelle présente simplement ma vision de sa mort et de ce qu'il a pu endurer.

Mon idée est de présenter une scène du film d'un angle de vue visuellement et sentimentalement différent au niveau des idées. Là où Kubrick montre la cupidité humaine et instinct de survie, je préfère, peut-être par naïveté, présenter l'homme sous le regard de sa souffrance et non de ses instincts primitifs.

L'astronaute est mort, détruit et anéanti mais le pire est que juste avant de mourir, il perd finalement sa foi envers son monde et son espèce. Il n'y a rien de plus violent à mon sens que de mourir vaincu.

12) Impact culturel et élargissement :

Dès sa sortie, L'Odyssée de l'Espace a marqué. Et dès lors, chaque cinéphile ou amateur du dimanche, fut forcé alors de reconnaître qu'il y aurait un avant et un après. Cet « avant » fut parcouru d'œuvres iconiques et de chefs d'œuvres édifiant tels que Métropolis, Soleil Vert ou encore Solaris. Et cet « après » sera visible à travers la saga Star Wars, L'univers d'Alien et de Star Trek et plus récemment avec le douteux Gravity et l'antologique Interstellar, pour ne citer que les piliers du Mainstream, que je pourrais qualifier de « A la Kubrick ».

Et cette résurgence dans la culture cinématographique actuelle, ne démontre que le visionnaire de génie de Kubrick qui cinquante ans après continue sans cesse d'influencer la science-fiction moderne. Cette histoire défie le temps et l'histoire tant le constat est fort. La société tend de plus en plus à tomber dans cette dépendance électronique, dans cet intégrisme intellectuel et dans cette culture élitiste. Kubrick visualise une société si peu tolérante et si peu « perchée » au sens spatial du terme, qui au final, la mène à sa perte.

L'Odyssée de l'Espace a une réelle thèse sociale, une réelle ambition dénonciatrice et qui reste sur tous les plans (artistique, graphique et littéraire) une vraie influence pour son après lui-même, il marque tous les médias et passe un message d'alarme contre notre société.

Ce moule « odyssée » formalise les couches artistiques les plus accessibles de notre société sans que la plupart des publics visés s'en rende compte. Kubrick a amené, avec ce que je qualifie le Triumvirat (Asimov, Kubrick et Herbert), la plupart des idées visionnaires qui ressortent dans la plupart des licences publiques et massives actuelles. (« Saga » Iron Man, Astro Boy...) Et cette diffusion va jusqu'à marquer la culturelle du Manga avec des œuvres comme (Death Note et Pluto, pour ne citer que les plus réussis).

Et dans ce cas « Manga », on retrouve alors les thèmes moraux sur l'humanité gagnée par des Robots, parallèle évident à la prise de conscience de Hal9000. 

Il s'agit donc d'un des piliers de la culture du 20ème et du 21ème siècle, qui assemblé avec le Triumvirat, si cher à mon cœur, forme la synthèse absolue de la SF. La nouveauté culturelle dans ce genre reste, dans sa démarche originale et innovante, très faible, car tant que notre industrie cinématographique mondiale sera bornée dans le but de complaire aux masses et de coller aux courants principaux, nous n'assisterons qu'à d'éternels remake ne posant que des questions connues de tous. En effet il serait « con » de faire grandir son public et de le mener vers autre chose. La société humaine a du mal à évoluer, comme le montre encore et toujours, le dieu qui fut vivant, l'allégorie suprême du génie, qui fut l'auteur d'une œuvre de talent et qui mérite désormais son rang de père fondateur des courants culturels alternatifs actuels, tel que, je le pense, la culture geek ainsi que du cinéma underground.

13) Conclusion :

Et si on obtient un constat flagrant à la fin de l'œuvre, c'est une certitude que le dieu tel que le conçoivent la Bible et le Coran ou d'autres textes religieux, est mort, remplacé par Kubrick. En effet, Kubrick livre ici une œuvre bien plus fondatrice et bien plus morale que les dit tas de merde fumant écrit trois mille ans auparavant dans un bordel d'Arabie, par deux ignares bourrés en train de forniquer allégrement. On assiste ici, à une œuvre origine de milliers de questions dont un nombre très limité a été traité ici et encore de manière sommaire et bancale, je le reconnais.

Il s'agit d'une recherche et d'un essai sur la société humaine, l'avenir de l'humanité ainsi que de la psychologie de l'homme, exposée ici dans une enveloppe physique merveilleusement belle. On n'a ici la finalité humaine exposée sous les projecteurs, telle une éclipse éclipsant tout et rien. Un contraste absolu et éternel entre humanité et inhumanité, une valse temporelle entre présent, passé et futur. Nous sommes donc enveloppés par, au choix, un film de science-fiction lambda (Avez-vous vraiment lu ce qui est-au-dessus ?), ou à un chef d'œuvre de réflexion humaine et de questions vraiment impressionnantes, ou enfin par la nouvelle bible  de l'humanité.

Rien n'est plus impressionnant que ce bijou ultime et presque insurpassable tant il est visionnaire ! Kubrick est un dieu, son film est une bible qui malheureusement, contrairement aux torchons précédemment cités, n'est pas un film diffusé également. Je pourrais presque en juger l'implacable manque culturel de notre société mais cela représente un autre débat qui pourrait se résumer de notre point de vue de soldat de culture : que la masse aime la merde et qu'ainsi Masse + Merde est égale à mainstream.

Kubrick s'impose en un film, comme maître incontestable du cinéma de science-fiction, patriarche fondateur des cultures geeks et mangas ainsi qu'inspiration inévitable de la SF et du mainstream actuel, que cela soit de manière consciente ou inconsciente.

Cette épopée homérique et spatiale que l'on pourrait comparer à la puissance du son d'un orgue dans une église hérétique, impose un point de vue divergent et respectable portant sur la finalité de l'humanité.

Retenez aussi, que je n'ai aucunement la prétention d'avoir tout compris à cette œuvre. Et certainement encore moins de posséder l'unique interprétation de chaque scène. Je livre simplement l'humble ressenti d'un spectateur grande gueule à propos du chef d'œuvre du nouveau dieu !

Je terminerai par une citation de Kubrick lui-même qui je le conçois, réduit mon humble interprétation à une extrapolation, je ne suis qu'un homme tentant d'expliquer dieu. Je ne suis qu'un Evêque ayant blasphémé. Que je sois maudit !

« J'ai essayé de créer une expérience visuelle, qui contourne l'entendement et ses constructions verbales, pour pénétrer directement l'inconscient avec son contenu émotionnel et philosophique. J'ai voulu que le film soit une expérience intensément subjective qui atteigne le spectateur à un niveau profond de conscience, juste comme la musique ; « expliquer » une symphonie de Beethoven, ce serait l'émasculer en érigeant une barrière artificielle entre la conception et l'appréciation »

Stanley Kubrick

 

 

Article écrit par Enzo Dal Fitto.

Votre avis sur : L'Odyssée de l'Espace

Critique de critique.

Mon ami, du moins si je peux prendre cette liberte,

Lire cet article a etait pour moi la même chose que de regarder un Felini, la télé atteinte. Ce que je veux dire, nous savon que le "talent" est la, du moins l'audace. Mais votre plume gâche votre travail. Oui, elle le gâche.
Trop de figure de style pataudes, trop d'exagération mal controles... C'est un petit jet de cambouis mal placés. C'est ... Décevant pour ce genre d'article.
De plus, tout ce marasme sur l'idolation que vous faite sur les Religions est terriblement maurais. C'est un cancer pour cela.

Prenez du repos. Refaite cecis plus "naturellement" sans vouloir plagier Bedos ou Guillion.

Amicalement votre.

Un peu gros

C'est plutôt intéressant !

Je me permets toutefois de vous recommander de vous méfier des excès qui décrédibilisent l'ensemble. Je n'ai par exemple pas bien compris l'intérêt de cracher sur les religions du Livre ? Allons, vous ne pensez pas réellement que ce film surpasse l'Ancien Testament en matière de puissance symbolique.

Quant à faire suivre « Kubrick visualise une société si peu tolérante et si peu « perchée » au sens spatial du terme, qui au final, la mène à sa perte » par « je pourrais presque en juger l'implacable manque culturel de notre société », c'est moyen.

Cheers

Re: Un peu gros

Kubrick a dit dès la sortie de son oeuvre qu'une interprétation serait une émasculation de son oeuvre. C'est ainsi que je brave cette interdiction utilement ou non. Car au pire, il ne s'agit que de faire découvrir une oeuvre comme celle ci. Et au mieux de partager mon analyse du film. Mais en tout cas, je suis obligé d'exagérer les traits, c'est un vaudeville si tu préfères... Je suis condescendant et violent mais c'est dans le simple but de décrédibiliser ma critique qui serait selon Kubrick une masturbation intellectuelle..

Chronique !

Brillant !

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