LES NOUVEAUX SAUVAGES - DAMIAN SZIFRON

Synopsis : 

 
Dans le monde actuel beaucoup de personnes plongent dans le stress ou la dépression, et certaines finissent par craquer. Confrontés à une réalité qui change du jour au lendemain pour une déception amoureuse, le poids du passé ou la vie quotidienne, les personnages des Nouveaux Sauvages se retrouvent vulnérables et sombrent complètement, parfois en prenant plaisir à perdre le contrôle.
 

Critique :

 
La comédie dramatique fait office de genre fourre-tout. Si on y trouve parfois de très bonnes surprises, on peut également y dénicher les pires immondices. C’est donc avec la plus grande prudence qu’il faut aborder ce registre.
Mais heureusement, Les Nouveaux Sauvages parvient à se placer en haut du panier. Si l’idée de mettre en scène des personnages ordinaires confrontés à la terrible Société pouvait sembler très démagogique, le film parvient à ne jamais tomber dans la facilité. Il fait preuve pour cela d’un réalisme poussé, et crée des personnages parfaitement normaux, sans jamais tomber dans le manichéisme.
 
Le film se compose de 6 sketchs. Le premier, très court, repose sur une idée originale (qui s’est d’ailleurs tristement concrétisée il y a peu) et fait office d’une introduction plus qu’efficace. Le second paraît relativement insignifiant, son manque d’originalité et de rapport avec le thème du métrage en font quelques minutes de remplissage, vite oubliées. Heureusement, les 4 sketchs suivants constituent le cœur du métrage, et forment un crescendo dément qui ne s’achève qu’avec les crédits de fin. Les sketchs sont cependant suffisamment variés pour ne pas sombrer dans la monotonie que peut parfois offrir la folie dans la fiction. L’avant-dernier, s’il s’écarte quelque peu de l’idée originale, reste tout à fait dans la critique sociale cynique.
 
 Le film a l’intelligence de ne pas condamner gratuitement la Société au sens général, mais propose plutôt une critique grinçante des relations humaines, qu’elles soient amoureuses, familiales, ou d’inconnu à inconnu. Une critique des services publics est tout de même présente dans le quatrième sketch, mais a le mérite de ne pas sombrer dans la contestation démagogique imbécile.
 
Les acteurs sont tous excellents, particulièrement les mariés du dernier sketch. La réalisation est très plaisante, quoique sans surprises. Le film fait preuve d’une humilité appréciable, sans chercher à se donner de faux airs artistique : pas d’effet de style inutile, pas de place pour les interprétations auteuristes alambiquées, le message du film, s’il est plutôt fin, reste clair du début à la fin. Mais ce qui frappe le plus dans ce film, c’est le réalisme des situations, qui, malgré leur caractère fou, pourraient parfaitement figurer en première page d’un journal quelconque (comme le démontre le crash récent d’un A320…). On sent dans chaque sketch, dans chaque ambiance, un souci du détail, un scénario calibré pour correspondre à la réalité, tant au niveau des personnages que des évènements.
 
Damián Szifrón signe un film parfaitement maîtrisé et millimétré. Véritable fable sociale, Les Nouveaux Sauvages s’impose comme une fresque moderne des relations humaines. La construction en crescendo confère au métrage un rythme parfait. 
Du grand art.
 
James Moriarty