Interstellar - Christopher Nolan

Aujourd'hui, nous traitons Interstellar, le dernier film de Christopher Nolan, le réalisateur de la trilogie Dark Knight et d'Inception. Note : Je vous conseille d'écouter la Bo du film en lisant cette chronique ! Vous ne regretterez pas ! Sur ce, bonne lecture.

Il était une fois l'espace. Le silence absolu dans la beauté la plus noire. Le silence absolu face à l’indomptable rotation d'un monde évanoui. Le vide est noir, et blanc. Une beauté magistrale placée dans des lambeaux de rêves. L'espace fascine l'univers. L'univers fascine l'humanité. L'humanité à sa place parmi les étoiles. Les étoiles ont leur place parmi l'univers. L'univers à sa place dans l'espace. L'espace n'est qu'un aperçu du temps. Le temps est notre fil universel.

Tempêtes de sable sur tempêtes de sable. Nuages de poussière sur nuages de poussière. Le monde a tourné, le monde tourne et il tournera mais serons-nous toujours là pour le voir ? Serons- nous encore membres du temps ou serons-nous dissous dans une immensité de problèmes, placés aux cœurs de milliers d'étoiles, qui déclineront à leur tour ? Serons-nous visionnaires invisibles, membres d'un tout bien trop complexe pour notre compréhension limitée ? Serons- nous toujours là, à nous interroger sur notre place parmi le monde ? Chaque génération ne fait qu'inspirer la suivante. Chaque génération ne fait que remplacer la suivante, dans une roue à eau presque horrifique, placée dans un complexe d'infinies possibilités.

La loi de Murphy, Tout ce qui peut mal tourner va mal tourner. Un talon d’Achille presque entêtant. Un adage démoniaque. Car oui tout ce qui peut mal tourner, tournera mal. La gravité spatiale dans un seul poème. L'agonie de tout dans une ode. La loi de Murphy reste l'unique vérité spatiale. L'unique vérité des dimensions humaines.

Ainsi, que peut se dire Cooper, lorsque sa fusée, broie le passé et part porteuse de l'espoir absolu ? La fusée décolle et part vers le futur. Vers la mort ou la vie. Et ce n'est alors ni plus ni moins qu'une absolue question qui reste : comment ?

Rien dans notre système solaire ne pourra nous aider, une prophétie tellement élémentaire que la seule chose possible est : allons-y ! Allons affronter la mort, l'amour, le désespoir, le temps, la haine, l'espace, le silence, le vide, les ténèbres, la nuit, la colère, la peur. Partons contre l'enfer, contre la beauté et achevons ou recommençons le cycle éternel et céleste qui doit terminer en un cuisant échec ou sublimer par mille feux le destin de l'humanité.

Que vont donc faire ces hommes devant le problème final ? Devant leur plus grand combat, devant leur face à face avec eux-mêmes. Comment surpasseront-t-ils la plus grande épreuve humaine : le combat pour la survie? L'instinct de survie est-il la solution ou le problème ?

Cooper se bat pour un colossal nombre de choses. Insignifiantes à elles seules, mais qui forment un tout universel. Une bible réellement divine, inscrite dans des lois édifiantes qui doivent régir un nouveau monde. L'amour est irrémédiablement la seule et unique chose qui traverse le temps et l'espace. La seule et unique version de notre histoire. Pas de dieu, de croyance mais une seule et unique chose qu'est l'amour absolu et certain envers nous-mêmes. Conservons cet unique fil, transperçant les dimensions. Car la réelle fin d'Interstellar est bel est bien l’Espace-Temps.

Le vaisseau gronde, feu et lumière nagent en son sein. La fusée résiste à l'ombre. Trois centimètres d’aluminium séparent l'espoir du néant. Et c'est sur ce navire espoir que tout se joue. Un combat d'une violence inouïe entre mort et vie. Entre folie et raison. Entre justice et défaite. On y joue à pile ou face mais chaque participant sait bien qu'il n'y a qu'un seul essai. Une allégorie poignante et bouleversante, parlant d'un combat manichéen et universel qui n'est d'autre que le choix aussi mince entre bien et mal. Et ce choix n'a pas de meilleure expression qu'un duel à mort dans l'espace. Un choix entre instinct de survie et devoir envers des milliards d'individus. Quel est donc leur choix ?

Fiche Technique

  • Réalisation : Christopher Nolan

  • Scénario : Christopher Nolan et Jonathan Nolan

  • Direction artistique : Nathan Crowley

  • Décors : Kendelle Elliott, David F. Klassen, Dean Wolcott et Robert Woodruff

  • Costumes : Mary Zophres

  • Photographie : Hoyte Van Hoytema

  • Montage : Lee Smith

  • Musique : Hans Zimmer

  • Production : Christopher Nolan, Lynda Obst, Steven Spielberg et Emma Thomas

  • Sociétés de production : Syncopy Films et Lynda Obst Productions

  • Sociétés de distribution ; Paramount Pictures (États-Unis), Warner Bros. Pictures (France)

  • Budget : 165 000 000 de dollars

  • Pays d’origine : Royaume-Uni et États-Unis

  • Langue originale : Anglais

  • Format : couleur - 2.35 : 1 - Dolby numérique - 35 mm/Format 70 mm (IMAX)

  • Durée : 169 minutes

  • Genre : science-fiction

Distribution

  • Matthew McConaughey : Joseph Cooper

  • Anne Hathaway : Amelia Brand

  • Jessica Chastain : Murphy Cooper

  • Mackenzie Foy : Murphy Cooper enfant

  • Ellen Burstyn : Murphy Cooper âgée

  • Michael Caine : le professeur John Brand

  • Casey Affleck : Tom Cooper

  • Thimotee Chalamet : Tom Cooper jeune

  • John Lithgow : Donald

  • Wes Bentley : Doyle

  • David Gyasi : Romilly

  • Bill Irwin : la voix du robot TARS

  • Josh Stewart : la voix du robot CASE

  • David Oyelowo: le principal

  • Topher Grace : Dr Getty

  • Leah Cairns : Loïs

  • Matt Damon : Dr Mann

  • William Devane : le directeur de la NASA

  • Jeff Hephner : un docteur

Résumé

La terre se meure, les récoltes dépérissent d'année en année, les céréales déclinent les unes après les autres, des tempêtes de sable ravagent la surface de la planète et d'étranges phénomènes gravitationnels sont constatés un peu partout sur le globe. Le monde n'a plus besoin d'astro-physiciens, d'ingénieurs, de scientifiques. Ce monde là à besoin de cultivateurs, d'éleveurs. Cooper, un ancien pilote spatial, hanté par la mort de sa femme, qui vit avec son beau-père, sa fille Murphy et son fils Tom, est témoin d'une déformation de la gravité, qui le mène à une base secrète de la NASA. Il apprend alors que l'humanité sera morte d'ici cinquante ans et que la NASA prépare un plan de la dernière chance. Il décide ainsi de laisser sa famille sur Terre et de participer à la mission spatiale la plus ambitieuse que l'humanité est jamais connue. Mais si elle est ambitieuse, elle n'en est pas moins dangereuse et traître.

Critique

Interstellar est, à ne point en douter, la claque monumentale de l'année et sans doute la surprise « spatiale » depuis 2001. Il s'agit d'un mélange homogène de bonheur et de satisfaction tournée au cœur même d'un cosmos si fascinant que l'on pourrait y rester fixé pendant une éternité.

On souhaite même rester dans la même mécanique pendant une infinité d'heures et de jours, se laissant emporter par la douce nuit, le doux profilage et l'éternel recommencement de ce cercle magnifique. L'espace est la parfaite traduction de beauté et de magnificence. Lazarus et Endurance sont autant membres de cette continuité qu’Apollo l'est dans la notre.

Interstellar tourne autour d'un trou noir, qui représente aussi le fil conducteur du film. Toutes les étapes du film ont un lien presque direct avec celui-ci. Et Nolan, le producteur-réalisateur s'amuse à faire graviter la totalité de son film autour de ce cercle infini en cinq dimensions. Car le Bulk est bien plus qu'un simple passage à travers le temps et l'espace, il s'agit d’expressions bien plus violentes : la folie, la mort et le désespoir. Il ne représente ainsi qu’un passage, presque un rite d'évolution, une conquête de plus dans l'histoire de l'humanité.

Mais Nolan manie plus que de la simple beauté poétique, il manie le temps qu'il transforme en pilier scénaristique influençant réellement tous les personnages... Il joue avec cette quatrième dimension et base ainsi toute la forme du film sur ce ressort. En résulte une surprenante connexion, Nolan semble ainsi relier Amour, temps, espace et relativité pour former une sorte de loi universelle, sa loi de Murphy à lui. Cette loi vient compléter sa logique et sa mise en scène simple, mais terriblement efficace.

La première partie du film, dans une ferme isolée dans un monde réduit à une Amérique seule, est filmée dans un style très documentaire, avec cet aspect reportage mémoire, caméra-épaule. Cette partie fait ainsi contraste et permet à Nolan de faire un lien direct avec la fin qui réinstalle les mêmes témoignages dans ce même cadre.

S'ensuit ensuite durant tout le film, une jongle entre la quête humaniste de nos astronautes pionniers et des humains présents sur terre. Nolan y installe une profondeur et un réalisme très poussé qui donnent au film une vraie couleur réaliste et lui permettent de tenir sur le plan de la cohérence de l'univers.

Interstellar présente l'espace avec une sorte de vénération et fascination malsaine. Il en parle avec une crainte et une peur incommensurable et le décrit comme un mélange parfaitement homogène entre danger et beauté. Il film avec une caméra fixée sur le vaisseau, l'espace profond, donnant un effet de violence qui, cumulé à l’absence de son (au sens sonique) propose un univers puissant et presque léthargique...

Le film nous accule, nous presse dans une cellule, dans ce cas notre fauteuil, nous subjugue, nous impressionne et nous fait presque perdre goût à toute autre forme de plaisir que celle de regarder et d'apprécier chaque plan et chaque image. On est happé, transi, démonté, puis remonté, en trois heures d'un spectacle monumental et on en ressort lavé, presque lobotomisé par ce monstre bonifiant et par cette capacité transcendante qu'est le simple fait de créer. L'espace est vaste mais pas moins oppressant !

Conclusion

Cette quête finale et universelle fait d'Interstellar, un film passionnant, qui mérite haut la main sa place au panthéon du genre, aux côtés des maîtres Solaris et 2001. Nolan signe ici l'un des meilleurs films de sa carrière et achève en beauté le culte de l'espace. Interstellar est donc une ode audacieuse et mélancolique, traitant de l'humain et de sa place dans l'univers, proposant ainsi des réflexions intéressantes et réellement importantes.

Lien :

Site officiel : https://interstellar.withgoogle.com/

Page IMDB : http://www.imdb.com/title/tt0816692/combined

Autre :

Poème de Dylan Thomas (1951, écrit pour son père mourrant.) Réutilisé dans Interstellar :

Do not go gentle into that good night,
Old age should burn and rave at close of day;
Rage, rage against the dying of the light.

Though wise men at their end know dark is right,
Because their words had forked no lightning they
Do not go gentle into that good night.

Good men, the last wave by, crying how bright
Their frail deeds might have danced in a green bay,
Rage, rage against the dying of the light.

Wild men who caught and sang the sun in flight,
And learn, too late, they grieved it on its way,
Do not go gentle into that good night.

Grave men, near death, who see with blinding sight
Blind eyes could blaze like meteors and be gay,
Rage, rage against the dying of the light.

And you, my father, there on the sad height,
Curse, bless, me now with your fierce tears, I pray.
Do not go gentle into that good night.
Rage, rage against the dying of the light.

Enzo Dal Fitto

Ecrit sous morphine. 

 

Interstellar - Christopher Nolan

Aucun message nʼ a été trouvé.

Nouvel avis