Grand Blanc (EP) - Grand Blanc

Grand Blanc (EP)

Grand Blanc. Rarement en France, on aura vu un groupe autant inspiré par sa région. Pour Grand Blanc, c'est la Lorraine, le froid, le FC Metz, et la pluie. Pour Joy Division, ce fut Manchester, le punk, City, et l'ennui. Grand Blanc est habité. Par la sidérurgie en phase terminale, par un haut-fourneau dévasté. Par l'aura sinistre de la Cathédrale. Par le FC Metz ressuscité. Bashung aurait pu écrire ce que Grand Blanc déclame. Et ils clament qu'ils ne sont pas morts. Mieux : qu'ils sont là.  Une sorte d'angoisse haletante est présente. De même que la haine furieuse et la poésie délirante. 

Fiche technique :

•   Musiciens : Grand Blanc, sauf batterie par Louis Delorme.

•   Ecriture/Composition : Grand Blanc.

•   Réalisation : Adrien Pallot.

•   Enregistrement/Mixage : Adrien Pallotet et Frederic Deces.

•   Lieu d'enregistrement/Mixage : Studios du Futur de l'Audiovisuel, 75000 Paris.

•   Illustrations : Vincent Denis (ALL CATS ARE GREY)

•   Maison de Disque : Entreprise

D'après Entreprise, Grand Blanc 12" EP.

Critique

Degré Zéro

 L'EP commence par ce titre. Les messins ont invoqué dans un titre ce qu'ils apprécient sans doute le plus en secret : le froid mordant du vent d'hiver mosellan. Mais la brise n'est pas seule. Une envie dévastatrice l'accompagne. Les paroles, elles aussi, ont été emportées dans le blizzard (volontaire ou non ?). Mais qu'importe ! Le silence des nuits messines à 2 heures est au rendez-vous, lui aussi. Mais il est rapidement balayé par une folie digne de Saint-Symphorien, temple des morts réincarnés, ou des soirées aux Trinitaires, repaire des âmes égarées. Et animées par Kas Product. Et par la bière. Par terre. Trop de folie cependant. Ou alors, de la folie à la Fauve, sans qu'on sache finalement si elle est saine ou non.

Samedi la Nuit

Pour commencer, Grand Blanc rappelle au bon souvenir de la Lorraine un train chargé de charbon sur des rails envahis par les mauvaises herbes. Aujourd'hui, il ne reste plus qu'un de ces éléments. Et il est vert. C'est sur ce titre qu'on se rend compte de la puissance que ce groupe peut dégager. Un cri solitaire qui t'exhorte à ne rien faire, à ne pas bouger, mais à ne pas cesser de penser. Le synthé, est lui aussi habité. La batterie tente de suivre, hallucinée. Les paroles scandées sombres sont brillantes. Assonances. Allitérations. On finit par se persuader qu'on hésite bel et bien entre "nuit blanche et nuit noire". On peut contempler "les vieux de 20 avinés" errant le soir, sur les trottoirs, à la recherche de quelqu'un ou de quelque chose. La fin du titre est plongée dans la furie et la folie, sentiments que Grand Blanc sait très bien où trouver : dans les travées de la Ouest ou plus contenues, dans les vieilles salles de Metz... Rarement, j'ai été autant électrisé devant un titre.

L'Homme Serpent

Part au Degré Zéro et dépasse rarement le quinzième. Mais meme à 5 degrés, Grand Blanc nous sort un thème de basse qu'on pourrait comparer à Taxi Girl (RIP DANIEL), le son psychédélique en moins, mais un bout de Lescop en plus. Les paroles, elles, sont toujours aussi difficiles à saisir. Tombées des nues comme ils disent... Malgré une progression sonore nerveuse et pleine d'envie, digne des percées de Bussman sur son aile, le titre semble tourner en rond, comme si ce serpent s'était avalé lui même, en commençant par la propre terminaison de son corps. Un peu comme dans Tintin, oui.

Petites Frappes

On finit sur un missile, plus digne d'un but de raccroc à la Gerd Muller qu'un chef d'œuvre à la Puskas. Le début est digne de Samedi la Nuit, comme quoi, Grand Blanc a bel et bien un truc, et confirme sa présence paranormale et possédée, tout en noir et blanc, observée sur le clip de Samedi la Nuit. On pourrait entendre du New Order, lors d'une accalmie entre deux tempêtes. Comme avec les autres paroles des autres titres, on ne les comprends que rarement. Mais de ce que l'on comprend, elles évoqueraient simplement, le foot. Mais Ben est présent. Et sa voix habitée par un démon sorti des Possédés de Dostoievsky fait le boulot. Grand Blanc ne fait pas dans la luminosité. Non. Ils préfèrent l'obscurité et la noirceur. Mais Grand Blanc, comme le disent Les Inrocks, c'est plus sexy que Grand Noir ou Grand Gris...

Conclusion

L'EP en lui même est fait de hauts et de bas (mixage des voix incertain par moment par exemple). Mais ce qu'il en ressort est clair. Grand Blanc témoigne d'une agonie douloureuse. Celle de la Cathédrale, qui malgré son austérité grandiloquente ne cesse de se détériorer, celle d'une région dévastée et donc la reconversion fulgurante ne persuade que certains. Mais Grand Blanc montre également le fait que la scène messine a rarement été aussi active (Chapelier Fou, Cascadeur, ouverture de la BAM, la Face Cachée), et que le FC Metz est remonté. Une région dont seuls les habitants comprennent réellement ce qu'il s'y passe, qui meurt à petit feu mais qui ne cessera jamais de se battre avec obscurité, froideur et débauche.

Grand Blanc, lui n'est pas mort. Et il le dit. Le hurle même. Avec ce groupe, on en arrive à croire qu'un enterré vivant qui se serait aperçu qu'il se situe sous approximativement trois mètres de terre, et qui se serait soudain dit que crier avec toute l'énergie du désespoir, l'aiderait peut être à ne pas être consommé par ses propres vers. Mais tout cela est fait avec trop de haine, trop de fureur, trop de snobisme, alors qu'ils n'ont finalement jamais rien prouvé encore, il faut bien le rappeler, sans non plus les détruire comme Magic l'a fait.

La saveur finale de cet album est finalement inconnue. D'abord appréciée, puis exécrée, je m'aperçois maintenant que je ne sais quoi en penser. Constat identique de Fauve, à qui Grand Blanc ressemble beaucoup, ce que je n'apprécie pas trop étant donné la tournure qu'à pris le phénomène Fauve, c'est à dire une belle mascarade et une belle usurpation d'identité, car Fauve, ce n'est ni du rock, ni de l'Indé, ni de l'underground. A bon entendeur...

"Né Révolté comme d'autres avec les yeux bleus"

Philippe Soupault, en parlant de René Crevel.

Alexandre Bazin-Evel

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