FIN D'AUTOMNE - YASUJIRO OZU

Comment parler de Fin d’Automne, un des nombreux chefs d’œuvre du génie du cinéma japonais Yasujiro Ozu ? Tout ou presque a déjà été dit. Aussi, je me lance dans ce travail avec une double modestie : la mienne par rapport à moi-même, qui est inhérente à la pratique de la critique en elle-même, celle que chaque critique tout sauf omniscient doit éprouver, et une autre, vis-à-vis de l’œuvre monumental de Ozu, de ce film en particulier, et de tout ce qui a déjà été dit sur le sujet.
 
Si on cherche à voir dans Fin d’Automne une histoire d’amour passionnante, il vaut mieux passer son chemin. Le synopsis, n’est pas inexistant, loin de là, mais il est presque un prétexte pour Ozu, tant l’aspect réaliste et documentaire du film prédomine. C’est un vrai voyage dans la société japonaise de l’époque qui se livre à nous, un documentaire qui se déroule devant nos yeux : la société de l’époque y est exposée, telle qu’elle est, mais dans un état d’esprit complètement opposé aux réalisateurs de la Nouvelle Vague française ou de Vitali Kanevsky (Bouge pas, meurs et ressuscite). En effet, c’est avec tendresse, affection et humour que Ozu dépeint des personnages tout aussi gentils et bienveillants (tout du moins pour un critique de 16 ans du XXIème siècle).
 
Si le film ne bascule pas du côté documentaire, c’est parce qu’il existe quand même une histoire à raconter. Et elle est racontée par des personnages brillants.
 
En effet, ceux-ci sont travaillés, et notamment celui de Akiko, interprétée par Setsuko Hara, mère de la jeune fille que les 3 hommes cherchent à marier. Elle se dévoile dans toute la splendeur de sa complexité et de son ambiguïté. L’actrice, rayonnante dans ce rôle, signe peut-être la plus belle représentation féminine qu’il m’ait été donné à voir cette année. Les autres personnages, et les autres acteurs, sont tout aussi réussis et talentueux. Ayako, fille de Akiko, apparaît alors libre, insoumise, mais peut se montrer tout aussi stupide, voire perdue, et confère à ce film un portrait affectueux de la jeunesse japonaise de l’époque (car oui, Ozu montre tout avec bienveillance). Les trois hommes, se distinguent par leur bonhomie, et leurs côtés enfantin, facétieux et taquin, ainsi que leur tendance charmante à la plaisanterie, sont magnifiques à voir dans ce film mélancolique.
 
Et il faut d’ailleurs parler de cet aspect. La mélancolie peut parfois être d’une lenteur alarmante pour un spectateur du XXIème siècle. C’est en effet avec stupeur que j’ai vu un spectateur quitter la salle. Ce réalisme poussé à l’extrême, et la description de ce petit événement de la vie courante de la société japonaise, est parfois très aride, voire inintéressant.
 
L’aridité du film est aussi transmise par les prises de vues. En effet, Fin d’Automne est un film composé uniquement de plans fixes et de plans séquences assez longs, ce qui contribue à la lenteur hallucinante du long-métrage. La photographie n’en est pas moins magnifique, et l’éclairage est tout aussi brillant. Certains plans magistraux sont ancrés à jamais dans l’esprit du spectateur, tant leur beauté est frappante (quand les deux femmes vont se coucher à la fin du film notamment).
 
Ozu signe donc un film remarquable, tant pas son caractère, que par sa mise en forme absolument révolutionnaire dans ses prises de vue, pour l’époque, et encore aujourd’hui. Personne ne s’est jamais approché de cette beauté immobile, et c’est peut-être pourquoi énormément de cinéphiles vénèrent ce réalisateur. En 3 mots, un grand film.
 
Sandor Bazin-Envel