Cormac McCarthy - La Route

La Route

C'est mon oncle qui m'avait conseillé de lire ce livre. Cet oncle, toujours cinglant avec moi, m'avait dit toutes les merveilles du monde sur ce livre. Etant souvent en désaccord, j'avais pris ce livre avec des pincettes, pour finalement ne plus le lâcher. Mon oncle avait raison. Et bien raison. Ce livre va au dessus de la simple histoire, ce livre est grand.

Synopsis

La Route prend forme dans un monde post-apocalyptique, dévasté par on ne sait trop quoi. Peut-être un incendie, car tout est carbonisé ? Peut-être une météorite ? Toujours est-il que les survivants, ne sachant pas vraiment s’ils ont vraiment des chances de survivre, essayent. Avec tout ce qu'ils ont à leur disposition. Mais malheureusement, le monde est divisé en 2 catégories : ceux qui sont gentils et ceux qui veulent manger les gentils. Plus sérieusement, on sait que des sortes d'hommes/zombies très agressifs cherchent à tuer tous ceux qui ne seraient pas avec eux, dans un but : survivre.

Ce livre a été la source d'inspiration principale du jeu The Last Of Us sortit récemment, qui d’ailleurs fut une véritable déception pour moi, où on reprend les axes majeurs du livre, à savoir l'infiltration et l'exploitation maximale du paysage, tout cela dans une ambiance angoissante voire invivable, où la mort n'est jamais très loin.

Critique

Mais La Route se sépare du jeu sur de nombreux points et notamment sur un. (forcément) La Route est l'histoire d'un voyage, au premier sens du terme : nos deux personnages, bnhun père et son fils, cherchent par tout les moyens à rallier le Sud dans l'espoir de trouver un environnement meilleur, ce qui s'avérera inutile. Mais La Route est également un voyage philosophique, entre l'espoir et le désespoir, entre le combat et l'abandon, et nous pose finalement une question : que ferions-nous si nous étions les derniers hommes sur Terre ?

Eux décident de se battre, tout en gardant un esprit fraternel à toute épreuve. Ce qui marque dans ce livre, c'est la relation entre le père et le fils. Le père ferait tout pour sauver son fils mais le fils sait pertinemment qu'il ne pourrait rien faire sans son père. Aussi, le père prend les décisions et son fils réplique par des « D'accord » déchirants. Des « D'accords » qui reviennent d'ailleurs souvent dans ce livre en signe d’assentiment. D'abord envers les décisions du père, mais également envers leur sort finalement peu enviable. Un assentiment à la destruction en quelque sorte.

La fusion entre ces deux personnages est clairement magnifique : quand l'un semble baisser les bras, l'autre l'encourage à continuer à se battre, encore et toujours, pour la survie. Et ce qui est beau, c'est que ce n'est pas seulement l'enfant qui semble désespérer. Parfois, c'est le père qui se laisse aller, et c'est le fils qui va le pousser à se relever. Mais ce dernier, souvent angoissé, est consolé par le père qui semble se persuader lui même de ses mensonges.

Ce livre est également remarquablement écrit. A mi-chemin entre No Country For Old Men et Suttree (le deuxième étant le vrai chef d'œuvre de McCarthy), deux livres que nous reverrons lors de prochaines critiques, les phrases parfois non verbales s'enlacent pour former une sorte d'ambiance métaphysique, angoissante mais vraiment poignante. McCarthy arrive à rendre parfaitement cette vision du monde détruit, calciné. Mais l’auteur parvient aussi, à accélérer la narration par des phrases qui se font plus courtes, plus brutales, plus violentes, ce qui permet d'installer à des endroits merveilleusement choisit, un climat haletant.

Pour couronner le tout, l'auteur ne cherche pas à laisser les personnages dans leurs bulles. En effet, au cours de leur périple, ils rencontreront de nombreux personnages, qu’ils soient hostiles, notamment la scène de la cave où on apprend que des gens sont entreposés et que d'autres viennent se servir dans le tas pour les manger, ou amicaux. Je souhaite m'étendre un peu sur la scène du vieillard rencontré par  les deux personnages au moment de l'histoire et qui est pour moi, avec le dernier paragraphe, le plus beau passage du livre. Un vieillard doté d'un espoir désespéré, véritable morale de ce livre. Je me contenterai de le citer : « J'en ai terminé avec tout ça maintenant. Depuis des Années. La où les hommes ne peuvent pas vivre, les dieux ne s'en tirent pas mieux. Vous verrez. Il vaut mieux être seul. [...]Quand on sera enfin tous partis, alors il n'y aura plus personne ici que la mort et ses jours à elle aussi seront comptés. Elle sera par ici, sur la route, sans avoir rien à faire et  personne à qui le faire. Elle dira : « Où sont-ils tous partis ? » Et c'est comme ça que ça se passera. Qu'y-a-t-il de mal la-dedans ? » [...] « - Vous souhaitez mourir ? -Non. Mais je pourrais souhaiter être mort. Quand on est en vie, on a toujours ça devant soi. -Ou bien vous pourrez souhaitez n'être jamais né. -Eh bien. Les mendiants ne peuvent pas faire les difficiles."  

Puis après tout un périple, tout un voyage, le père tombe malade. On le sait condamné. Lui aussi. Mais pas le fils. Alors le père simule. Tant bien que mal. Et essaye de faire comprendre à son fils que même lorsque il ne sera plus la, il faudra qu'il continue son chemin. Toujours. La dernière discussion est magnifique. Puis, c'est le silence. L'enfant est recueilli par des étrangers. Mais la paranoïa a fait son œuvre. Ces gens, sont-ils gentils ? Ou veulent-ils profiter de l'enfant ? On ne le saura pas, le rideau est tiré. Le chef d'œuvre est terminé. L'agonie a triomphé.

Conclusion

Je citerai ce merveilleux dernier paragraphe de McCarthy, cette lumière cachée, ce styliste violent et brutal. Ce malade vacciné à l'humanité. Ce merveilleux auteur. En soit, un génie.

 « Autrefois, il y avait des truites de torrent dans les montagnes. On pouvait les voir immobiles dressées dans le courant couleur d'ambre ou les bordures blanches de leurs nageoires ondulaient doucement au fil de l'eau. Elles avaient un parfum de mousse quand on les prenait dans la main. Lisses et musclées et élastiques. Sur leur dos, il y avait des dessins en pointillés qui étaient des cartes du monde en son devenir. Des cartes et des labyrinthes. D'une chose qu'on ne pourrait pas refaire. Ni réparer. Dans les vals profonds qu'elles habitaient toutes les choses étaient plus anciennes que l'homme et leur murmure était de mystère."

Alexandre Javal-Evel

Cormac McCarthy - La Route

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