AMERICAN BEAUTY - SAM MENDES

Synopsis :

 Le portrait au vitriol d’une famille américaine qui, par un fatal enchaînement d’évènements, est condamnée à l’implosion

 

Critique :

A la fois une mordante critique sociale, une réflexion philosophique empreinte de poésie et un drame parfaitement orchestré, American Beauty impose de son génie. Difficile en effet de parfaire une œuvre si complète dans son message et dans les thèmes abordés.

 

Bien qu’on puisse au premier abord penser qu’il s’agit d’un portrait typique de culture américaine dont on gratte peu à peu le vernis, il n’en est rien : dès la scène d’introduction, le ton est donné, et les relations familiales dysfonctionnelles sont présentées sans aucune ambiguïté. Chaque personnage est parodique au possible, mais est rendu humain par la lucidité qu’il porte sur l’archétype qu’il représente, et marque le film d’un cynisme appuyé

 

C’est par ces archétypes que s’exprime l’aspect critique du film : les personnages sont des reflets de la société américaine. Cependant, cet aspect reste relativement faible tant il fait preuve de peu d’inventivité. La critique par la parodie a déjà été maintes fois exploitée à ce sujet, et a finalement très peu d’impact dans le film. Fort heureusement, il ne s’agit là que d’un thème secondaire du métrage, et ne ternit en rien les objectifs premiers de l’œuvre

 

En effet, American Beauty est avant tout un drame marquant. Si le film fait preuve d’un certain humour ironique dans ses dialogues, il n’ajoute en réalité qu’à l’aspect cynique et amer du drame. Les personnages, du fait de leur nature archétypale, sont tous rendus pathétiques, et les relations qu’ils entretiennent entre eux sont au mieux malsaines, au pire dangereuses. Le personnage principal est dès le départ présenté comme un perdant, lucide mais pas assumé, qui cherche à comprendre comment sa vie a pu prendre cette direction. Cette interrogation fait démarrer en lui un changement profond, qui le conduira finalement à sa perte. Autour de lui, les autres personnages subiront également une évolution inattendue au cours du film, construisant ainsi le tableau final. L’implosion de cette famille se termine en effet sur un ultime portrait, clôturant l’évolution de chaque personnage, et le film par la même occasion. L’aspect dramatique du métrage prend alors l’aspect classique d’une lente chute, conduisant inévitablement à un atterrissage douloureux

 

Mais une analyse philosophique du film présente un cheminement opposé : celui d’un chemin vers la sérénité et le bonheur. Le titre du film prend alors un sens nouveau, et le film se présente sous l’angle d’une réflexion sur la beauté. Le personnage de Ricky apparaît ainsi comme une clé pour cette analyse : il est l’unique personnage qui ne subit pas de changement dans sa façon de voir les choses, puisqu’il a déjà conscience de la beauté du monde. A l’opposé, le responsable du dénouement final, s’il se rend compte de la beauté des choses, ne peut y accéder et a pour toute réponse la destruction. Le personnage principal, au départ cynique et acide, finit par réaliser à la fin du film la beauté de sa vie, qu’il n’avait pas su déceler. Et c’est là le réel message du film, qui, en conclusion d’un drame social, propose une marque d’espoir.

 

Si American Beauty s’inscrit au premier abord comme un drame cynique et déprimant, il se révèle en réalité être une ode à l’espoir, à la beauté des choses.

 

James Moriarty